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Evaluation du risque des biocides utilisés en démoustication sur les peuplements et communautés d'arthropodes terrestres

Y. Rozier (EID Rhône-Alpes) et B. Dodelin

L’objectif de cette étude est de mettre en place une méthodologie à même de tester les effets de biocides de démoustication (Deltaméthrine et Bti) sur certains arthropodes non cibles (coléoptères et araignées). Cette méthode doit pouvoir être utilisée en routine et en autonomie par des non spécialistes afin de réaliser des suivis réguliers.



La méthode a été testée dans 11 sites d'étude : Corse-du-Sud (1), Guyane (4), Martinique (2), Montpellier (2) et Rhône-Alpes (2). Chaque site comporte une zone témoin et une zone traitée, toutes deux échantillonnées de manière standard par pièges Barber. Les piégeages débutent 3 semaines avant le traitement et se terminent dans la 7e semaine après le traitement. Les pièges sont activés une semaine sur deux dans ces périodes. Coléoptères et araignées sont identifiés et comptés par date, piège, zone et traitement. L'analyse consiste ensuite à rechercher les anomalies dans les compositions des faunes issues des échantillons de chaque zone et de chacune des deux principales périodes de l'étude : pré- ou post-traitement.

La première question concerne l'existence de changements dans les peuplements au cours de l'étude. La méthode statistique employée est l'analyse SHE qui combine l'abondance, l'équipartition (E), la diversité (N) et l'indice de Shannon. Elle construit un graphique représentant l'évolution des quantités LnE et LnN au cours de l'étude. Les ruptures de pente dans ce graphique permettent de délimiter des groupes dont les compositions faunistiques diffèrent.

Dans un second temps, les groupes sont testés par 2W-NPMANOVA. L'objectif est de repérer des différences significatives entre groupes pour les facteurs "zone" (témoin ou traité), et "période" (pré- ou post-traitement). La situation recherchée est l'existence de différences inter-zones et inter-groupes, seule à contenir un indice de l'effet du traitement. Cet effet est alors à rechercher en détail.

La troisième étape de l'analyse est la recherche des espèces responsables des changements decompositions détectés à l'étape précédente. La technique retenue ici est l'analyse multivariée SIMPER. Cela permet d'extraire les trois espèces ayant les plus forts poids dans les modifications de faunes. Les évolutions de leurs abondances au cours de l'étude sont ensuite étudiées en détail. L'objectif est de déterminer si les variations d’effectifs relevés par les analyses statistiques sont en lien avec la date de traitement ou s'il s'agit de variations naturelles des populations durant l'étude. La disponibilité de données sur deux années est importante à ce stade de l'analyse, car elles permettent d'écarter un « effet année » dont aurait pu profiter l'une ou l'autre espèce.

 



Deux années d’échantillonnage ont permis d'analyser en détail la plupart des sites d'étude sur la base de près de 50 000 spécimens soit environ 300 taxons de coléoptères et 290 taxons d'arachnides. Ces analyses n'ont pas permis de conclure à des effets sur les arthropodes non-cibles aux dosages utilisés. Des explications sont envisagées dont la protection par la végétation et la faible toxicité de ces biocides vis-à-vis des arthropodes étudiés.

Un tiers des comparaisons ont été analysées de manière satisfaisante avec suffisamment de matériel biologique. Un tiers a disposé d'effectifs tout juste suffisants pour atteindre les seuils de significativité visés. Enfin, un tiers n'a pu être analysé faute de captures suffisantes. Les dynamiques naturelles des coléoptères et des araignées en forêt tropicale sont telles que les protocoles envisagés n'ont pas fonctionné. Des améliorations sont envisageables, mais il ne semble pas possible de conserver le même protocole qu'en métropole. Un resserrement du calendrier autour de la date de traitement est à envisager pour éviter les fluctuations naturelles des abondances.

La simplification de la méthode est un objectif important de ce programme. Le plus gros poste de travail (et de temps) est l'identification des arthropodes. Les araignées ne sont pas identifiables par les non-spécialistes. En revanche, pour les coléoptères, il existe une méthode simple de classification des animaux en UTR (Unités Taxonomiques Reconnaissables). Cette méthode est utilisée pour réaliser des estimatifs rapides de la biodiversité dans les régions tropicales. Il s'agit de regrouper en UTR les animaux très proches morphologiquement. Ainsi, pour certaines espèces, une UTR sera égale à une espèce, pour d'autres, une UTR regroupera plusieurs espèces difficiles à discerner par les non-spécialistes. Il y a aussi le risque de séparer en deux UTR les mâles et les femelles de la même espèce dont le dimorphisme sexuel est très marqué.

Nous avons testé le fonctionnement des UTR sur deux jeux de données obtenus dans le cadre de l'étude des biocides. Les analyses ont été réalisées en parallèle : d’une part les espèces correctement identifiées, d'autre part les espèces regroupées en UTR comme aurait pu le faire un non-spécialiste. Les écarts entre les résultats sont minimes. Lorsque les résultats sont francs, les UTR ne remettent pas en cause leur significativité ni les conclusions générales. En revanche, lorsque l'on est en présence de résultats en limite de significativité, les UTR n’apportent pas la résolution suffisante pour une validation. Il faut alors s'en remettre à l'expertise des UTR incriminées pour reprendre l'analyse avec le détail des espèces.

Les UTR permettent ainsi une économie de temps et d'expertise à condition de regrouper des espèces d'écologies similaires. Elles permettent de valider les résultats franchement négatifs. Mais ne dispensent pas de l'intervention de spécialistes lorsque les effets sont faibles. La situation du terrain et des erreurs introduites par les UTR sont alors indiscernables.